Façade d'un centre des postes en Tunisie

Fiscalité de la retraite en Tunisie : ce qui s'applique vraiment

L'abattement de 80 % n'a pas été supprimé. Voici ce que dit la loi, texte à l'appui, et ce qui a changé.

Photo Touzrimounir, CC BY-SA 4.0

Vérifié le 19 août 2026. Références relevées sur le texte de la convention publié par la direction générale des Finances publiques et sur la loi de finances 2026. Conversions au cours de la Banque centrale de Tunisie du 17 août 2026, 1 € = 3,3821 dinars. Revue trimestrielle.

Cette page décrit un cadre général. Elle ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé, et la situation de chacun mérite l'avis d'un professionnel maîtrisant les deux fiscalités avant toute installation.

Un retraité français est-il taxé en Tunisie ?

Oui, mais avec un abattement de 80 % sur les pensions de source étrangère. Vous n'êtes imposé que sur 20 % du montant, à condition que la pension soit transférée en Tunisie ou déclarée à l'importation. C'est la règle, elle est en vigueur, et elle n'a pas changé.

En trois lignes

  • Résident fiscal tunisien : vos pensions privées sont imposables en Tunisie.
  • Abattement de 80 % sur les pensions de source étrangère, sous condition de transfert.
  • Il faut le revendiquer à la déclaration : rien n'est automatique.

La rumeur du printemps, et pourquoi elle est fausse

Une affirmation a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux au printemps : la Tunisie serait devenue le seul pays à taxer les retraités étrangers, ou aurait supprimé l'avantage dont ils bénéficiaient. Elle a inquiété des gens qui avaient un projet d'installation. Elle est fausse sur les deux points.

Sur le fond juridique d'abord. Imposer les revenus de ses résidents fiscaux est la règle générale, pas l'exception : la France le fait, l'Espagne le fait, le Portugal le fait. Un pays qui n'imposerait pas les pensions de ses résidents serait l'anomalie. Présenter cette imposition comme une singularité tunisienne, c'est décrire le fonctionnement ordinaire de la fiscalité internationale comme une brimade.

Sur les faits ensuite. La loi de finances 2026 n'a pas supprimé l'abattement de 80 % applicable aux pensions et rentes viagères de source étrangère transférées en Tunisie ou déclarées à l'importation. Elle est même allée dans le sens inverse pour l'abattement de droit commun, qu'elle relève progressivement. Le régime tunisien reste, sur ce point précis, plus favorable que celui de la plupart des pays européens.

Pensions publiques ou privées : la question à faire trancher

C'est la distinction la plus lourde de conséquences, et nous allons être plus prudents que ce que vous lirez ailleurs, parce que le texte ne dit pas tout à fait ce qu'on lui fait dire.

La règle couramment énoncée est simple : pensions du privé imposables en Tunisie avec abattement, pensions de fonctionnaires et de militaires imposables en France. Elle correspond au modèle de convention de l'OCDE, dont l'article consacré aux fonctions publiques vise expressément les pensions.

Ce que dit la convention franco-tunisienne, article 25

« Les pensions, rentes viagères et autres rémunérations similaires, versées à un résident d'un État contractant au titre d'un emploi antérieur, ne sont imposables que dans cet État. »

Une phrase, sans exception, sans distinction entre public et privé. Et son article 26, consacré aux fonctions publiques, vise « les rémunérations versées par un État contractant » : il ne mentionne pas les pensions.

Autrement dit, la distinction public-privé que tout le monde présente comme acquise ne se lit pas dans le texte de cette convention. Beaucoup de contenus français citent d'ailleurs à ce sujet « les articles 18 et 19 », ce qui est faux : dans cette convention, l'article 18 traite des intérêts.

Ce que nous vous conseillons. Si vous percevez une pension de l'État, d'une collectivité ou de la fonction publique hospitalière, demandez une position écrite à votre service des impôts et à votre caisse avant de transférer votre résidence. L'écart entre les deux lectures se chiffre en milliers d'euros par an et ne se rattrape pas après coup. Un point ne fait en revanche aucun doute : une complémentaire Agirc-Arrco n'est pas une pension versée par l'État, quel qu'ait été votre employeur.

Ce que change la loi de finances 2026

Son article 56 modifie le paragraphe II de l'article 26 du code de l'impôt sur le revenu des personnes physiques et de l'impôt sur les sociétés. Il porte sur l'abattement de droit commun applicable aux pensions et rentes viagères, et le relève par étapes.

Abattement de droit commun sur les pensions
PériodeAbattement
202625 %
à partir du 1er janvier 202730 %
à partir du 1er janvier 202840 %
à partir du 1er janvier 202950 %

Cet abattement de droit commun est distinct de celui de 80 % réservé aux pensions de source étrangère transférées, qui reste applicable et n'est pas modifié.

Deux autres mesures méritent l'attention d'un futur résident. La première est une bonne nouvelle : les contribuables dont le revenu annuel imposable reste inférieur à 5 000 dinars ne paient ni impôt sur le revenu ni contribution sociale, ce qui concerne une large part des retraités.

La seconde est à connaître si vous devenez propriétaire : la loi de finances instaure un impôt sur la fortune au taux de 1 % pour les patrimoines supérieurs à 5 millions de dinars, immobilier, mobilier et financier confondus. Le seuil est élevé, mais il vise le patrimoine et non les seuls revenus, et il concerne donc des situations que la fiscalité des pensions ne couvre pas. Voyez aussi notre page se loger en Tunisie pour les contraintes propres à l'achat par un étranger.

La convention franco-tunisienne

Elle a été signée à Tunis le 28 mai 1973 et est entrée en vigueur le 1er avril 1975. Son objet est de répartir le droit d'imposer entre les deux États pour éviter qu'un même revenu soit taxé deux fois. Elle ne crée aucun avantage fiscal par elle-même : l'abattement de 80 % relève du droit interne tunisien, pas de la convention.

Ce qu'elle ne règle pas non plus, c'est votre statut de résident : les deux administrations l'apprécient séparément, avec leurs propres critères. Séjour principal, foyer d'habitation permanent et centre des intérêts économiques construisent la résidence tunisienne ; il faut aussi la matérialiser par une carte de séjour et un matricule fiscal, détaillés sur notre pilier séjour et fiscalité. Il arrive qu'un retraité se croie résident tunisien pendant que le fisc français continue de le considérer comme résident français, et c'est là que les ennuis commencent.

Le compte en dinars convertibles

C'est le mécanisme central du dispositif, et il n'est expliqué nulle part. L'abattement suppose de prouver que la pension a bien été transférée en Tunisie. Cette preuve, c'est le circuit bancaire qui la fournit : un compte alimenté par virement depuis la France conserve la trace datée de chaque versement, exactement ce que l'administration fiscale demandera.

Le point qui déroute les nouveaux arrivants est la nature du dinar : il n'est pas convertible et ne sort pas du pays. D'où l'existence de comptes en devises ou en dinars convertibles, réservés aux non-résidents et aux résidents disposant de revenus de l'étranger, qui permettent de conserver et de retransférer des fonds. L'erreur coûteuse consiste à tout convertir en dinars ordinaires : ce qui y entre y reste, et un retour en France se solde par des démarches longues et incertaines.

L'organisation qui fonctionne tient en deux comptes : un compte en devises qui reçoit la pension et sert de preuve, un compte en dinars pour la vie courante, alimenté par conversion au fil des besoins. Ne convertissez jamais plus que vos dépenses des semaines à venir.

Ouverture sur présentation du passeport, du titre de séjour ou de son récépissé et d'un justificatif de revenus : les pièces exactes varient d'une banque à l'autre et se confirment au guichet. Si vous cherchez simplement à changer de l'argent pour un séjour, c'est notre page monnaie et change en Tunisie qu'il vous faut, pas celle-ci.

Les démarches, dans l'ordre

L'ordre compte, parce que chaque étape sert de pièce à la suivante.

  1. Faire valider votre situation par un professionnel des deux fiscalités, surtout si vous percevez une pension publique.
  2. Vous loger à votre nom en Tunisie, bail ou titre de propriété.
  3. Ouvrir le compte et mettre en place le virement de la pension depuis la France.
  4. Demander la carte de séjour, dont le dossier exige justement l'attestation de transfert régulier de la pension.
  5. Obtenir le matricule fiscal auprès du centre des impôts de votre circonscription.
  6. Signaler le départ à votre service des impôts français et basculer sur les obligations des non-résidents.
  7. Déclarer chaque année en Tunisie en revendiquant l'abattement, même si l'impôt dû est nul.

Combien reste-t-il vraiment ?

Voici le calcul, avec le taux et sa date. L'assiette imposable correspond à 20 % du montant transféré.

Assiette imposable après abattement
Pension transféréeSur l'annéeEn dinarsAssiette après abattement
1 200 € par mois14 400 € par an48 702 DT9 740 DT
2 000 € par mois24 000 € par an81 170 DT16 234 DT

Conversion au cours BCT du 17 août 2026. Nous ne publions pas le montant d'impôt qui en résulte : il dépend du barème progressif, de votre situation de famille et des autres revenus, et un chiffre isolé induirait en erreur.

Le repère utile est ailleurs. Puisque l'assiette ne représente que 20 % du transfert, et que le seuil d'exonération se situe à 5 000 dinars de revenu annuel imposable, il faut environ 25 000 dinars de pension annuelle transférée pour l'atteindre, soit de l'ordre de 615 euros par mois au cours du 17 août 2026. En dessous, l'assiette reste sous le seuil. Ce que ce revenu permet réellement une fois sur place est chiffré dans notre coût de la vie en Tunisie, et le reste du projet d'installation sur notre pilier s'installer.

Et la couverture santé

L'assurance maladie française ne vous couvre plus une fois résident, et vous n'avez aucun droit ouvert à la CNAM tunisienne sans y cotiser. C'est la ligne qui décide de la faisabilité du projet après 65 ans, et l'âge limite de souscription se referme vite.

Comparer CFE et contrat au premier euro →

Un cas particulier mérite sa propre page : celui d'un parent qu'on envisage d'installer en maison de retraite, où la question fiscale se double d'une question de couverture santé.

Timbre fiscal tunisien apposé sur un document officiel
Le timbre fiscal accompagne la plupart des démarches administratives, du dépôt de dossier à la délivrance du titre. Photo Habib M'henni, CC0.

Questions fréquentes

Un retraité français paie-t-il des impôts en Tunisie ?
Oui, dès lors qu'il y est résident fiscal. Mais les pensions de source étrangère bénéficient d'un abattement de 80 % : l'imposition ne porte que sur 20 % du montant, à condition que la pension soit transférée en Tunisie ou déclarée à l'importation.
L'abattement de 80 % sur les pensions de retraite existe-t-il toujours ?
Oui. La loi de finances 2026 ne l'a pas supprimé. Elle relève par ailleurs l'abattement de droit commun applicable aux pensions, de 25 % en 2026 à 30 % en 2027, 40 % en 2028 et 50 % en 2029.
Les retraites de fonctionnaires sont-elles concernées ?
C'est le point à faire confirmer par écrit avant de partir. La règle couramment énoncée veut que les pensions publiques restent imposables en France, mais l'article de la convention franco-tunisienne consacré aux fonctions publiques vise les rémunérations et ne mentionne pas les pensions, alors que l'article sur les pensions ne distingue ni le public ni le privé.
Faut-il ouvrir un compte en Tunisie pour y percevoir sa retraite ?
En pratique oui. L'abattement suppose de prouver que la pension a été transférée en Tunisie, ce qu'un compte alimenté par virement en devises permet de tracer. Le dossier de carte de séjour d'un retraité exige d'ailleurs une attestation de transfert périodique et régulier.
La Tunisie est-elle le seul pays à taxer les retraités ?
Non, et cette affirmation est fausse. Imposer les revenus de ses résidents fiscaux est la règle générale dans la quasi-totalité des États. La Tunisie applique en outre à ces pensions un abattement de 80 % qui n'a pas d'équivalent dans la plupart des pays européens.

Sources : convention entre la France et la Tunisie du 28 mai 1973, version consolidée publiée par la direction générale des Finances publiques ; loi de finances 2026, article 56 modifiant l'article 26 du code de l'IRPP et de l'IS, et article 88 pour l'impôt sur la fortune. Cette page n'est pas un conseil fiscal personnalisé. Mise à jour du 19 août 2026.